Les Petites Histoires du Cercle Laïque




Kathleen Fourches

Kathleen Fourches, nous a quittés, début Juillet, alors qu'elle venait de subir une intervention chirurgicale au CHU de Limoges. Kathleen était une adhérente fidèle et exemplaire du Cercle Laïque au travers notamment de la Randonnée Pédestre et de l'Informatique. Elle contribuait aussi, par des apports réguliers, au développement du Site Internet du Cercle Laïque.

Elle était par ailleurs, de par des origines, très impliquée dans les activités du Comité de jumelage TULLE - BURY. Militante laïque engagée, elle avait apporté son concours et ses compétences pendant de nombreuses années aux Délégués Départementaux de l'Éducation Nationale.

Le Conseil d'Administration du Cercle Laïque, réuni le 5 Septembre dernier, a souhaité qu'un hommage lui soit rendu par un communiqué sur le site Internet du C.L.T., mais également, d'une manière plus solennelle, lors de l'Assemblée Générale du 25 Novembre 2011.





    LE RÊVE OU LE CAUCHEMAR D'UNE NUIT D'ÉTÉ
   
Vingt ans déjà
    Naissance et disparition d’un club de golf
    Une soirée mystico-fantaisiste
    La potée de Ruffaud
    Autrans
    Les malheurs de Kathleen
   






LE RÊVE OU LE CAUCHEMAR D'UNE NUIT D'ÉTÉ


- à la manière de Monsieur William Shakespeare :: « Le songe d'une Nuit d'été »


A Midsummer Night's Dream”





ACTE 1 Scène 1

    TABLEAU : une salle de réunion avec les membres du conseil d'administration du Cercle Laïque de Tulle.

Le Président Robert : J'ai tenu à convoquer cette réunion exceptionnelle du Conseil d'administration pour vous soumettre la proposition d'une association japonaise sans doute poursuivant les mêmes objectifs et ayant les mêmes valeurs que notre association, d'un séjour au Japon tous frais payés (hébergement en hôtel 3 étoiles et voyage compris) à charge pour nous de quelques prestations publiques – très certainement petites conférences et soirées débats. C'est une occasion unique pour les randonneurs de découvrir l'Asie, la culture japonaise, un art de vivre différent du nôtre …

Un membre du CA interrompt : Et les geishas !

Robert : … J'ajoute que cette proposition a été transmise par le Ministère des Affaires Étrangères et l'Élysée.

Lolo, le Trésorier du CLT (d'origine auvergnate et inquiet pour l'équilibre de son budget) : Est-ce qu'il n'y aurait pas aussi une possibilité d'obtenir une subvention pour les petits frais, car notre budget est assez limité ?

Le président Robert soumet au vote la proposition qui est acceptée à l'unanimité et avec acclamations. Marcel, notre chef randonneur est chargé d'organiser le voyage. Il paraît préoccupé pour ne pas dire inquiet. La séance est levée.

Scène 2

Après un voyage sans histoires dans un avion charter japonais, notre groupe hilare et bruyant qui a surpris les gentilles hôtesses parlant un très bon français mais qui n'avaient pas de notion de langue limousine pour apprécier "gnorles" et chansons folkloriques et autres gauloiseries, a été accueilli avec cérémonie, discours en japonais et maintes libations au saké, et s'est installé dans un luxueux hôtel pour un repos bien mérité.

TABLEAU :

Le président Robert : j'ai tenu à vous réunir après le repas du soir pour un rapide « briefing » (Pour faire le point, quoi ! En effet, depuis les conférences sur l'Économie Sociale et le Mouvement Coopératif, notre président s'est mis à l'anglais ! )

Je pense que nous avons été très bien accueillis avec considération et une politesse respectueuse et tout asiatique. Tout le monde est bien, voire luxueusement, installé et le repas du soir nous a permis de goûter la cuisine japonaise. On ne sait pas très bien ce que l'on a mangé, à part le riz, bien sûr, mais c'était bon. Tout va bien, donc. Quelqu'un a-t-il des observations à faire, des questions à poser ?

Maurice, vice-président : Ils sont quand même un peu bizarres. Il y en a un qui m'a regardé en rigolant et m'a dit en anglais « Judoka français petit, mais malin, filou ! »

Marcel, chef des randonneurs : Il y en a un même qui m'a tâté le biceps ! Enfin, s'il ne va pas plus loin, c'est pas grave !

Robert Fraysse, secrétaire : Avec Pierre Champeval, nous discutions dans le hall. Il y en a eu un qui nous a observés en rigolant et qui nous a dit « Sumos français trop petits et surtout trop maigres ! » Curieux, non ? C'est peut-être à cause de notre coiffure !

(Robert et Pierre sont assez déplumés mais n'ont pas de chignon)

Une des randonneuses intervient : Je suis allée visiter leur église. C'est joli mais très particulier, surtout les curés, ils ont le crâne rasé. C'est une sorte de tonsure complète, et ils portent des soutanes jaunes ! Ils chantent aussi sur une seule note en tapant sur des cymbales, et en agitant des clochettes comme un sacristain. Étrange, non ? En revanche, ils ont plein de petits cierges, c'est très illuminé. Comme ils les vendent peu cher à la douzaine, j'en ai acheté et déposé un pour chaque membre du groupe.

Lolo, Trésorier, intervient : Il ne faut pas compter que le CLT les prenne en charge. Ce n'est pas possible. Je ne me vois pas justifier cette dépense dans les comptes présentés à l'Assemblée Générale !

Le Président Robert : C'est vrai – pour une association laïque, et bien que nous ayons l'esprit largement ouvert, cela ferait bizarre.

Maurice, vice-président :(l'air inquiet) : Merci quand même. De toute manière, tous ces cierges ne peuvent pas nous faire de mal … et j'ai le pressentiment que nous en aurons peut-être bien besoin !

Le Président Robert : Je lève la séance, car je suis invité par le président de :l'association japonaise, pour arrêter le programme de notre séjour dans leur salle de réunion. Ils appellent ça un Dojo, je crois. Kathleen m'accompagnera pour me servir d'interprète, car l'entretien se déroulera en anglais !

ACTE 2 Scène l

TABLEAU : La scène se déroule dans un salon du luxueux hôtel de Tokyo où sont hébergés nos randonneurs du CLT.
Au bureau, entourant le Président Robert, le vice-président Maurice, Marcel, Responsable du groupe, le Secrétaire Robert F, le Trésorier Lolo et l'interprète Kathleen. :Le Président a le visage défait et l'anxiété se lit sur tous leurs visages.

Le Président Robert : J'ai à vous annoncer une très mauvaise nouvelle, en fait, une véritable catastrophe.

Maurice, vice-président : Comme disent les Tullistes, il y a un 'tralus', et un gros !

Robert : Voilà, il y a eu une grossière erreur. Les Japonais ont cru que le CLT était une association d'anciens experts d'Arts martiaux; ils avaient traduit CLT par 'Club des Lutteurs de Tulle' ce qui explique la confusion. On frôle l'incident diplomatique ! Leur :président prétend qu'on l'a ridiculisé :et qu'il a perdu la face ! Il m'a provoqué en duel et j'ai pu obtenir qu'il accepte un remplaçant – Maurice, ancien escrimeur est tout désigné.

Maurice, indigné : Ah non ! Je veux bien te remplacer pour un assaut au fleuret ou :à l'épée comme les mousquetaires, mais pas au sabre comme les samouraïs. J'ai pas envie que l'on me ramène à Tulle découpé en rondelles comme un salami !

Silence pesant dans la salle.

Le Président confirme : Pour les autres, femmes comprises, il nous propose un affrontement dans diverses disciplines : aïkido, karaté, boxe japonaise, vous pouvez choisir.

Un petit rigolo dans la salle : Tu aurais pu leur proposer un concours du meilleur mangeur de farcidures ou de pétanque. On aurait été plus performant !

(Petits rires contraints. L'inquiétude grandit dans l'assistance)

Marcel, chef des randonneurs : Je voudrais quand même faire remarquer que notre licence UFOLEP ne permet pas la pratique de ces activités, et qu'en cas d'accident, l'assurance ne nous couvrirait pas.

Le Président Robert : Voilà donc le choix: ou on accepte leurs conditions, ou on refuse, et nous devons rentrer immédiatement à nos frais !

Lolo, trésorier : C'est du chantage ! Nous n'arriverons pas à payer le voyage de retour avec les fonds du CLT, même si Marcel arrive à nous négocier un tarif de groupe exceptionnel. On va être obligé d'organiser à la rentrée, pour renflouer la caisse, une journée de charité avec des jeux etc.

Un petit plaisantin dans la salle : Et avec une démonstration d'arts martiaux !

(Plus personne ne rit)

Le Président Robert : Il faut prendre une décision. Tout n'est pas perdu et, comme le disait Monsieur Raffarin, il faut positiver, avoir une "Positive attitioude". (en anglais)

(Mais l'assemblée ne semble pas très convaincue)

(Il s'adresse à son vice-président) – Maurice, toi qui as été initié aux arts martiaux, est-ce que tu as une solution à proposer ?

Maurice, (après avoir longuement réfléchi et dans un silence quasi religieux) : Il faut se coucher.

Le Président Robert : Mais non, il est encore trop tôt. La soirée ne fait que commencer. Tu ne t'es pas encore habitué au décalage horaire ?

Maurice : J'ai dit « il faut se coucher », cela ne veut pas dire « aller au lit », mais se laisser glisser au sol au signal de l'arbitre, comme certains animaux le font pour se défendre, le chat par exemple, ce qui lui permet de griffer avec les quatre pattes ! Cette tactique aurait plusieurs avantages :

  1. en se laissant tomber doucement on évite des fractures fréquentes à nos âges : col du fémur, etc.

  2. on désoriente psychologiquement nos adversaires

  3. d'autre part et en gros, si vous permettez cette expression, comme on a globalement l'avantage du poids, on peut essayer de les écraser : sous notre masse quand ils nous attaqueront au sol.

  4. Au pire, nous serons disqualifiés par l'arbitre pour manque de combativité. Le CLT s'en sortira peut-être avec honneur, mais il ne faut peut-être pas exagérer – on s'en sortirait sans fracture ou autres accidents graves !

(Silence dans la salle. Les randonneurs sont étonnés et n'ont pas encore l'air très rassurés)

Le Président Robert : Merci. Je mets cette proposition aux voix. Faites-nous confiance:

Résultat du vote : Pour : 5 voix

                          Contre : 0 voix

                        Abstentions : 35 voix.

Le Président déclare : La proposition est adoptée.

A ce moment, un Japonais du bureau d'accueil de l'hôtel entre et parle au Président. Kathleen traduit. Robert paraît très surpris et sort. Kathleen annonce à la salle que l'Attaché Culturel de l'Ambassade de France demande à parler à Robert.

Scène 2

TABLEAU : Toujours le salon de l'hôtel où les randonneurs du CLT attendent anxieusement le retour du Président. Robert entre, l'air radieux, et annonce à l'assemblée.

Le Président :Robert : L'Attaché Culturel m'a informé que :pour éviter tout incident diplomatique, le Ministère des Affaires Étrangères prend à sa charge notre rapatriement. Départ demain matin par charter !

(Soulagement dans la salle. Quelques cris d'enthousiasme – « On a gagné ! On a gagné ! » )

Le Président Robert ajoute qu'à son retour à Tulle il va être convoqué par le Préfet – pas pour une distinction honorifique mais pour se faire remonter les bretelles (expression de l'attaché culturel) ! On ne voit pas pourquoi, mais notre Trésorier fait observer que notre prochaine subvention de la jeunesse et des Sports ne va sans doute pas être augmentée.
Les randonneurs vont se coucher et préparer leurs valises.

ACTE 3 Scène l

Après un voyage de retour sans histoire mais peu glorieux, et bien que quelques randonneurs aient essayé sans grand succès d'égayer la compagnie en chantant :

« On est des champions, on est des champions !

On est, on est, on est dans l'avion ! »

- chacun a regagné son logis. Comme Marcel l'avait fait remarquer, en rappelant le principe olympique du Baron de Coubertin : « C'est très bien de participer, mais il vaut mieux rentrer en bonne santé ! »

En effet, nous n'avions eu à déplorer qu'une entorse et quelques bleus mal placés, un des randonneurs, ayant pris l'escalier d'honneur :en marbre pour une piste de ski du Lioran, avait déboulé sur le derrière jusque dans le hall. On est sportif ou on ne l'est pas ! Et comme le dit benoîtement Marcel, "Si ce n'est pas 36 cierges, c'est quand même 36 chandelles qu'il a vues !"

Scène 2

TABLEAU : Pierre Terrade, qui comme tous les matins est allé faire ses courses, remonte d'un pas de chasseur alpin, baguette et journal sous le bras, une laitue dans l'autre main, par le sentier qui conduit à la Résidence de la Bastille et va frapper à la porte de l'appartement du Président Robert. La porte s'ouvre et Robert paraît encore en pyjama.

Pierre, essoufflé : Robert, je rentre de ville. C'est une catastrophe ! Tout le monde est au courant de notre escapade et tout le monde rigole ! Pendant quelque temps, on ne pourra même pas aller au marché ! Et le pire, c'est que demain il va y avoir des articles dans la presse locale et des commentaires sur FR3 Limousin ! La Commune Libre du Trech envisage même de nous faire Citoyens d'honneur ! Tu te rends compte ? Pourvu qu'ils n'aient pas l'idée de faire une statue comme pour les clampes ! Tu te vois à l'entrée de la Rue Riche avec ta tête sur un corps de statue baptisée « Le Sumo Tulliste » !

Robert semble songeur, mais il se met à sourire.

Le Président Robert : Il faut positiver, avoir « la positive attitioude » anglo-saxonne. Cela va nous faire des adhérents supplémentaires et Lolo va être content de voir rentrer de nouvelles cotisations !

FIN

N.B. Cette pièce de théâtre est basée sur un rêve (ou cauchemar) fait une nuit d'été par le vice-président Maurice bien (trop) au chaud dans son petit lit douillet.



            Vingt ans déjà

Bientôt nous fêterons les 20 ans du groupe de randonnée du Cercle Laïque de Tulle. Un soir, Robert Lavergne avait convoqué tous les gens intéressés par de nouvelles activités. Nous avions décidé de faire plusieurs nouveaux groupes, dont un dédié au golf. Malheureusement, cette activité – avec un petit groupe tôt diminué, à cause des tendinites aux épaules, à force de manier le club et de pratiquer le swing – n’est plus. Maurice avait quand même écrit un petit compte-rendu, jamais communiqué, que nous nous ferons un plaisir de vous communiquer par la suite.

Grâce à notre regretté ami, Claude Chazarin, l’instigateur, le groupe de randonnée est né.

     Je n’oublierai jamais la première promenade, sous un ciel de neige au milieu du mois de novembre 1990, lorsque nous avons essayé nos chaussures parfois neuves, parfois très anciennes comme les miennes, des pataugas qui m’avaient permis de grimper plusieurs fois au Plomb du Cantal. Nous étions sept. : Maurice et moi, un peu les hôtes de cette mémorable après-midi, Claude et Élise Chazarin, comme il se devait, Odette et Pierre Terrade, et Robert Lavergne (seul, car Mauricette travaillait encore.) Bravement, nous nous sommes attaqués à la redoutable Pierre des Druides, près de Treignac.
Il faisait un temps épouvantable, et dans la forêt le brouillard ne nous permettait pas d’apprécier les belles vues qui s’offraient – ou plutôt ne s’offraient pas – à nous quand une coupe de bois interrompait l’alignement des arbres.

Il neigeotait, et mes pataugas étaient vite saturés, mais les courageux randonneurs, qui allaient faire le Lac Bleu et le massif du Carlit quelques années plus tard, ne pouvaient se plaindre de ces désagréments somme toute négligeables.

 Et nous sommes arrivés à la fameuse pierre, pour admirer ce qui paraît être un autel très païen, avec une rigole pour l’écoulement du sang des bêtes (ou des humains) sacrifiés. Nous frissonnions – mais seulement à cause de la température. Comme il n’existait pas de deuxième chemin pour redescendre, à moins de passer par Treignac et d’allonger notre parcours d’une dizaine de kilomètres, un exploit qui ne nous aurait pas fait peur quelques séjours pyrénéens plus tard ( non, je pense que là j’exagère !) nous avons rebroussé chemin et retrouvé nos voitures en bas de la colline.

Il faisait froid, nous étions mouillés, mais contents de voir que tout le monde était capable de marcher quelques kilomètres, et sûrs que le groupe de randonneurs du Cercle Laïque allait prospérer. Et dire que nous n’avions encore pas Marcel, qui fut l’âme de cette activité pendant de si longues années ! La neige continuait de tomber, et nous nous sommes réfugiés à Broussac tous les sept, devant notre feu de cheminée, pour boire le thé (bien sûr !) et manger le gâteau au chocolat que j’avais préparé pour l’occasion : la première sortie des randonneurs du Cercle laïque de Tulle !

Kathleen Fourches


               Naissance et disparition d’un club de golf 

Un jour, le Président Robert me dit : « Maurice, tu m’avais raconté que lors d’un de tes séjours en Grande Bretagne tu avais campé près d’un terrain de golf, en Écosse. Tu dois bien t’y connaître un peu dans ce sport. On va créer un club de golf. »

Je soupçonnais Robert d’avoir « une envie rentrée » car, comme les gens de notre génération, nous n’avions eu que peu d’opportunités dans le domaine sportif, et certains sports : tennis, golf, équitation, alpinisme et j’en passe – n’étaient pas à notre portée.

Robert poursuivit : « Je te nomme responsable de ce club. On va faire une réunion et nous prendrons les décisions en fonction des participants. »

Nous avons trouvé un terrain de golf qui nous convenait, à Sérézat près de Saint Salvadour car, pour une somme modique, nous y disposions du terrain, et du matériel, un après-midi par semaine ! Le terrain n’était pas complètement terminé, et il n’y avait que neuf trous, mais sa fréquentation était très faible, ce qui convenait parfaitement à des débutants un peu complexés.

Nous avons dû nous familiariser avec les règles et le vocabulaire spécifiques à ce sport et essayer de l’adapter à notre niveau. (voir document joint.)

Le club fonctionna pendant plusieurs années, et nous avons acquis un peu de matériel. Il y eut des moments mémorables. Voulant récupérer sa balle dans une petite mare qui pour des joueurs débutants était un piège redoutable, René Garnier tomba dans la vase et pour se nettoyer prit un bain dans le petit ruisseau qui traversait le terrain.

Un jour, le golf de Sérézat fut vendu et ferma. Il était pratiquement impossible à cette époque de trouver un autre terrain proche à des conditions aussi avantageuses et le club du Cercle Laïque disparut.

Cette petite histoire montre la souplesse du fonctionnement du CLT ; les structures administratives et financières permettent une large autonomie des différents clubs et favorisent toutes les initiatives à condition de respecter les statuts de l’association. Avis aux amateurs !


Le Président honoraire, Maurice Fourches



ESSAI DE FRANCISATION DU VOCABULAIRE SPORTIF PAR LE « CLUB DE GOLF DU CERCLE LAÏQUE DE TULLE »

Rapport du président

Golf – venant sans doute du germanique « Kolbe »signifiant club ou matraque.

Conformément aux directives de Monsieur le Ministre de la Culture, Monsieur Jacques Toubon, les membres de l’association de golf (l’Association des matraqueurs du Cercle Laïque) ont décidé de se pencher sur le problème de la francisation de certains termes étrangers employés dans leur activité sportive favorite.
L’équipe (et non le  « team ») décida de se constituer en commission ad hoc (pardon ! en commission qualifiée) et de rechercher toutes les équivalences possibles en commençant par le matériel.
- les « clubs » devinrent très naturellement des « cannes , bois ou fers » affectés d’un numéro : 3 bois, 3 fer, etc.
- des difficultés pourtant pour le « sandwedge » que nous qualifiâmes (admirez le passé simple) de « cuillère, » de « louche », ou de « couade » (occitanisme.)
Nous n’avons pas encore étudié la francisation du « pitch » car la trésorerie insuffisante ne nous a pas encore permis l’acquisition d’équipements complets.
En ce qui concerne le « putter », nous avons longtemps hésité entre « pousseur », « metteur » et finalement nous avons conservé le terme avec francisation de la prononciation du « u » donc « putteur ».
Pour le « tee », il n’y eut pas de difficultés, bien que nous hésitâmes entre l’argot ; « bitoniau » et l’occitan « béquillou. » Le terme occitan fut retenu.
Le «terrain ou « green » : la traduction littérale de « vert » donnant une teinture d’écologie politique, nous suggérâmes le terme occitan de « pialin » ‘pelouse rase, un peu râpée.)
Pour le « bunker », terme germanique, nous avons hésité entre « fort « , et « fortin. » Certains suggérèrent « mur » (par allusion au mur de l’Atlantique, d’autres avec humour le mot « trou normand ». Mais nous tombions alors sous le coup de la loi Évin pour la lutte contre l’alcoolisme. La commission ad hoc (encore) n’a pas tranché à ce jour. (Et pourquoi pas « la tranchée » ?)


Les règles du jeu
Le « practise » devient tout simplement la « pratique » ou « l’entraînement. »
Le « par » (nombre de coups de référence pour un trou) pouvant s’assimiler à parcours, nous pouvons garder le raccourci « par ».
Le « birdie », signifiant « petit oiseau », nous avons retenu le terme occitan plus court et plus poétique de « auzelou ».
L’approche finale pour mettre la balle dans le trou dérive naturellement de la canne employé, d’où le terme de « putt ».

Voici le résultat du travail de la commission, et pour l’illustration je voudrais rapporter ici les expressions que vous devez obligatoirement entendre sur le Pialin de Saint Salvadour :
« Si tu veux réussir un auzelou ce coup-ci prends ton bois et non la louche et place bien ton béquillou. »
Ou encore, à une question posée par l’un d’entre nous qui s’inquiétait de savoir ce que faisaient nos épouses sur le pialin :« Que font nos femmes ? »
L’autre répondit : « Je crois bien qu’elles puttent. »


            Une soirée mystico-fantaisiste

Reconstitution d’après quelques documents retrouvés et d’une mémoire qui flanche un peu.
Invitation adressée aux randonneurs à participer à une soirée lors d’un séjour dans les Alpes.


Après quelques mots d’une explication très fantaisiste donnée par le barde Maurice sur l’existence d’un ordre druidique en Gaule, et que les Romains rattachaient à une secte dite « du scarabée sacré » de l’antique Egypte, ce qui aurait justifié le port de cornes sur les casques des Gaulois, cornes rappelant le cerf ou le hanneton lucane, dit le « cerf volant ».

Les druidesses procédèrent à la remise à Marcel d’un « casque sacré » avec de longues cornes, ce qui marquait son intronisation dans « L’ordre de l’Écharabo Bannard »

Pour célébrer cet instant solennel, le barde Maurice dédia un petit poème en langue occitane (graphie approximative) au nouveau décoré.

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La soirée se poursuivit dans la gaieté, car chacun voulait ajouter son mot aux hommages – et ces mots étaient surtout des histoires drôles racontées devant un public enthousiaste. ll faut dire que certains, coiffés du casque gaulois obligatoire pour avoir le droit de parler, 

offraient un spectacle inoubliable. Un en particulier, petit et pas très gros, aurait fait un parfait Astérix, mais je tairai son nom !

De la part du barde Maurice Fourches  






        La potée de Ruffaud

  Au Cercle Laïque, nous faisons notre Assemblée Générale tard en automne, et cette année-là nous avions décidé que le groupe des randonneurs ferait le repas servi aux participants après la réunion au camping de Ruffaud. Nous avions pensé à la soupe à l'oignon, suivie de charcuterie, ce qui aurait bien suffi, mais nous nous mîmes d'accord pour faire et servir la potée, et montrer l'efficacité des ‘marcheurs’. Nous  n'avions pas prévu l'entêtement de notre âge vénérable, surtout de Françaises lorsqu'il s'agit de cuisine ! Nous étions une douzaine de femmes, chacune avec sa recette, mais à la fin, en bonnes républicaines, nous avions choisi un ‘chef’, Odette, et accepté de suivre ses ordres. Certaines voulaient y mettre des navets et des raves, d'autres seulement des carottes, personne, heureusement, ne souhaitait mettre des poireaux. Malheureusement personne ne pouvait se mettre d'accord sur le temps de cuisson des andouilles. Mais Odette eut le dernier mot – et dut faire les courses.

   Nous savions toutes faire la cuisine pour nos familles, et même pour un nombre important d'invités, mais personne ne savait les quantités nécessaires pour plus de soixante convives. Nous dûmes donc consulter un cuisinier professionnel pour apprendre le poids exact de petit salé et le nombre de choux dont nous allions avoir besoin. Il y eut aussi le problème des ustensiles – la cuisine du camping ne possédait pas de marmites de la taille utilisée dans un restaurant, et sa table de cuisson à gaz devait se révéler insuffisante. Commençant à regretter notre imprudente promesse, nous dûmes mendier quelques trépieds dont les ménagères se servent dans leurs caves pour faire les conserves, et fouiller dans les caves des autres pour trouver de gros faitouts hérités des grands-mères. Odette commanda les quinze kilos de porc nécessaire, et la veille de la réunion, alla le chercher au magasin, avec un peu d'aide masculine pour le porter. Une fois rentrée à la maison, elle avait peur qu'il ne fût pas assez dessalé, aussi passa-t-il la nuit dans sa baignoire.
   Nous nous retrouvâmes en début d'après-midi au camping, pour éplucher, laver et couper l'énorme pile de légumes. Odette redescendit même à Tulle pour acheter deux choux de plus, la douzaine que nous avions prise nous paraissant trop juste. Nous nous mîmes ensuite à faire cuire le plat, pendant que nos maris balayaient la grande salle, plaçaient les tables et les chaises et mettaient les couverts. Ils déballèrent les hors d'œuvre, fromages et gâteaux achetés, eux, tout prêts. Nous coupâmes les grosses tourtes de pain de campagne, dont une partie allaient servir pour faire la traditionnelle soupe une fois le bouillon prêt, et préparâmes les plats de service. La distance entre la cuisine et la salle de réunion posait problème. Une centaine de mètres séparaient les deux et ce soir de décembre était particulièrement venté, pluvieux et sombre. Sans éclairage suffisant, imaginez notre dilemme ! Nous dûmes servir un bol de soupe à notre député avant tout le monde, car, comme d'habitude, on l'attendait ailleurs plus tard, et, en parfait politicien, il déclara n'en avoir jamais mangé de si bonne. Et il n'est corrézien que d'adoption – comme moi, tout compte fait . . .

   Nous avions eu les yeux plus gros que le ventre. Bien que fort appréciés des convives, la moitié seulement des plats fut mangée ; nous dûmes donc rapporter à la cuisine les assiettes encore chargées de viande et de légumes par le chemin accidenté et plongé dans le noir. Jean buta contre une racine invisible, et plutôt que de lâcher le plat et son précieux contenu, tomba tête la première dans un buisson. Il finit la soirée à l'hôpital avec une jambe cassée . . . Le meilleur eut lieu le surlendemain, lorsque nous allâmes tous pour faire la vaisselle – et manger les restes, lesquels, comme si souvent, étaient bien plus goûteux réchauffés !

Ce fut la première –et la dernière– fois que les randonneurs se mirent aux fourneaux !
Kathleen Fourches



        Autrans

            Ou une histoire (presque) belge

   Nous nous sommes plus à Autrans, le Centre était extraordinaire, la nourriture excellente – et les paysages époustouflants. Il y avait une piscine intérieure, où les férus de natation allaient partager la baignade après la marche avec d’adorables bambins de Maternelle, accompagnés de leurs instituteurs. Tout était parfait, et les soirées on ne peut plus conviviales. C’était donc avec un peu d’appréhension que nous avons entendu l’animateur nous annoncer une soirée « théâtre », mais nous nous sommes rendus à l’heure dite dans le grand et confortable salon nous installer dans des fauteuils moelleux, prêts à subir ce soir-là quelques heures ennuyeuses. Mais c’était nous qui avons fait le spectacle.

    Il y avait un groupe de Belges, sympathiques mais enclins à abuser des vins rouge, rosé et blanc généreusement fournis à chaque repas, et ils n’hésitaient pas non plus à apporter leur flasque d’alcool un peu plus fort dans les soirées organisées. Ils attendaient bruyamment que le rideau se lève, tout en bavardant en flamand et en levant le coude. La « pièce » a donc commencé. Nous avons essayé de suivre l’intrigue, mais après seulement quelques minutes – un crime a été commis. Un meurtre. On avait tiré sur l’actrice principale en coulisses. Le jeune animateur caché au fond de la salle, s’est précipité  sur la scène en se prétendant policier, et a commencé à interroger les suspects. Mais il n’avait pas prévu que les randonneurs du Cercle Laïque allaient lui voler la vedette !

    D’abord, nous avons vu notre amie Jeannine Château étendue sur les planches, morte. Avant que le « policier » ait pu s’imposer et demander une expertise, le « vétérinaire » Jean Tenèze, docteur Honoris Causa de  l’Université de Souilhac, est monté d’autorité sur la scène pour faire les premières constations en tant que médecin légiste remplaçant.

« Je veux voir le trou de balle ! » s’exclama-t-il.

    Les Belges ont applaudi, persuadés que tout cela faisait partie du spectacle. Les membres du personnel du centre, ébahis, nous ont laissé faire. Le « vétérinaire » a fait son examen et déclaré que la victime était bien morte. Alors, notre groupe s’est déchaîné : tout le monde avait son mot à dire. Un peu soufflé par le développement de son spectacle, mais enchanté de l’enthousiasme de son public, l’animateur a décidé de faire appel aux spectateurs pour découvrir le coupable. Il a posé des questions à une des Belges, qui avait bavardé constamment en disant ce qui semblait être le mot « ya », en l’appelant « madame Yaya » - provoquant encore des éclats de rire de ses compatriotes bien un peu « partis ». Kathleen, en citant du Shakespeare, a demandé quelque chose en anglais (pour changer du flamand), auquel il a essayé de répondre dans la même langue, encore étonné que ces clients se prêtent autant à son jeu.

    La soirée a continué avec des pitreries de Jean ; Jeannine toujours allongée – et même tirée au milieu de la scène par les jambes pour qu’on la voie bien - s’est un peu ennuyée mais « the show must go on » n’est-ce pas ? Nous avons fini par voter pour trouver le coupable, à bulletins secrets, et les gagnants ont eu droit à un apéro gratuit. Ils n’étaient pas près d’oublier les randonneurs du Cercle Laïque dans ce centre d’Autrans !

   

                                Kathleen (Rathbone) Fourches,
            nièce putative de Basil Rathbone, l’inoubliable interprète de Sherlock Holmes,
             et petite-fille (encore plus putative) d’Agatha Christie.



        Les malheurs de Kathleen

                                    ou

            Une sortie emm----ant


Cela s’est passé un dimanche (non, je n’en suis pas sûre) mais c’était bien au bord de l’eau. Au bord du lac Chambon, en Auvergne, pour être exact. C’était au mois de septembre, et les valeureux randonneurs y avaient posé leurs bagages pour marcher sur les chemins de ce petit coin tranquille, sac au dos, et cœur léger. Je pense que c’était le premier jour, car Marcel nous avait emmenés faire le tour du lac, pour se mettre en jambes, en quelque sorte. Nous suivions un petit chemin bordé d’arbres qui avaient déjà leurs couleurs automnales, mais, comme le café du matin n’avait pas encore passé, nous étions trois à nous éloigner dans une laie traversière, pour satisfaire un besoin aussi naturel que soudain.

Danièle, Annie et moi, nous nous sommes accroupies comme nous sommes obligées de faire, ne disposant pas de l’attirail masculin si appréciable dans ces circonstances (je ne parlerai pas des autres), et, en équilibre précaire nous avons fait ce qu’il fallait – vite, pour pouvoir rattraper nos camarades sans trop courir. Las ! Mon équilibre à moi était encore plus précaire que celui de mes copines, et je basculai en arrière, posant mes pauvres fesses dans un petit tas, jusque là invisible, de quelque chose de mou, collant et très malodorant.

Je me suis remise debout tant bien que mal, et, avec tous les mouchoirs en papier dans la poche de mon polaire, plus ceux que mes compagnes ont pu trouver dans les leurs, je me suis essuyée comme j’ai pu, c’est-à-dire, mal. Des crottes de l’animal non identifié (peut-être un cochon ?) sont tombées de ma culotte, mais d’autres sont restées bien accrochées, et c’était avec dégoût que je me suis rajustée pour repartir au centre, à plus d’un kilomètre, dare-dare. Annie a couru pour les avertir de mon malheur, et brave Danièle m’a accompagnée, peut-être pour éloigner des promeneurs qui se seraient posé des questions sur mon hygiène personnelle. Je n’ai pas crié « Impure ! » comme une lépreuse, mais j’ai averti le groupe de ne pas trop s’approcher de moi – je me serais éloignée moi-même si cela avait été possible.



De retour dans la chambre, mon mari, en se pinçant le nez, m’aida à me débarrasser de mes sous-vêtements souillés, et à passer sous la douche. Il était soufflé de voir tomber autant des morceaux de m… de ma culotte, et j’étais soulagée de pouvoir me laver ! Par bonheur, ma grosse veste n’était pas sale, et j’ai pu laver le reste dans la buanderie du centre.

Ma petite mésaventure n’a pas eu que des désagréments. Avant le dîner, dans le jardin du centre et devant tous nos camarades hilares, Maurice m’a récité le petit poème qu’il venait de composer, et que j’ai le plaisir de vous rapporter ici. Malheureusement, il a perdu l’original, mais il pense que sa mémoire (dont il se fait des devoirs) ne le trahit pas trop !


Kathleen Fourches 


Élégie pour Kathleen


Ô mouffette chérie, Ô mon sconse adoré,
          Je te vois revenir, tu as l’air em…bêté !
          Qu’est-il arrivé, quel est donc ce fumet ?
          Où as-tu mis les pieds ? On dirait du fumier !

Rentrons vite mon amie, car tu dois te laver,
          Tu ne sens pas la rose, ni encore le muguet.
          Mais de ta culotte ce qui vient de tomber –
          Quelle horreur, mon amie, on dirait du lisier !